Délégationdu Val-d’Oise

Accueil de jour de Pontoise : des mardis soir et des Noëls pas comme les autres…

Mardi soir…

Depuis la rentrée de septembre 2011, nous organisons un dîner convivial tous les mardis soir à l’accueil de jour Hervé Renaudin. En sortant du travail à 16 h 30, je me dépêche d’aller faire les courses pour avoir des produits frais selon les recettes proposées les semaines précédentes par les personnes accueillies : moules frites, paëlla, colombo, tiramisu, plats antillais…

Dès 17 h 30, nous nous retrouvons à quatre bénévoles pour la préparation du repas. De plus en plus souvent, une des personnes accueillies se joint à nous pour aider à la préparation. Puis les personnes arrivent petit à petit. Une partie de l’équipe prépare alors la salle du repas avec ceux qui le souhaitent : installation des tables, mise en place du couvert de façon harmonieuse, pliage des serviettes…

Nous prenons ensuite un temps d’apéro (avec des jus de fruits !) pour laisser à chacun le temps d’arriver et de trouver sa place. Nous avons limité le nombre d’inscrits de manière à ce que nous puissions nous rendre totalement disponibles pour ceux qui sont là. Selon le nombre de personnes inscrites, en fonction de leur présence et de l’état de santé de ceux qui se présentent sans être inscrits, nous avons une petite marge de manœuvre.

Le temps du repas est partagé ensemble et nous nous attendons pour commencer. Nous procédons en général à un tour de table pour que tous fassent connaissance. C’est un premier tour qui permet à chacun de prendre la parole en public au moins une fois ! Nous disons notre prénom, notre nom si nous souhaitons et ce que nous voulons sur nous-mêmes. Puis, souvent nous imaginons, si nous étions une fleur, laquelle serions-nous ; si nous étions un pays, un président, une région, une recette… C’est un bon moyen de partager un peu de nous-mêmes sans en venir tout de suite à « je suis à la rue », « au chômage »…, mais plutôt en commençant par « si j’étais telle recette, je serai… parce que cela me rappelle tel ou tel moment heureux de ma vie… »

Depuis ce mois de septembre, nous avons eu la chance que les participants nous témoignent une grande confiance et que les partages soient très sympas, souvent avec beaucoup d’humour. Certains ont partagé avec nous leur talent de chanteur, de blagueur… Plusieurs nous ont émus quand ils ont évoqué l’enfer de leur quotidien à la rue, dans les squats, dans les couloirs d’hôpitaux, dans les trains, dans l’indifférence, voire le rejet… Tout ce qui les conduit bien souvent à l’alcoolisme ou à d’autres formes d’addictions pour oublier, pour essayer de survivre.

Plusieurs nous ont touchés en nous racontant les « combines » pour essayer de joindre le 115, les refus d’hébergement, le manque de places… Certains ont choisi de ne plus demander et de se débrouiller. Beaucoup nous ont fait découvrir comment leur quotidien peut aussi être enchanté par quelques belles amitiés, par des « compagnons de route » fidèles et présents dans les moments difficiles. Et cela, nous avons pu l’expérimenter directement, à chaque fois que l’un d’entre eux a fait une crise d’épilepsie : ils sont toujours quelques-uns à être là pour rassurer et prendre la personne en charge.

Et puis, ils nous ont aussi parlé des galères quand des bandes prennent le dessus sur eux et qu’ils en arrivent à avoir peur de fréquenter même les accueils de jour… La galère aussi quand ils sont tellement épuisés de ne pas avoir où reposer la tête qu’ils s’endorment dans un train, d’un sommeil si profond qu’ils se font dépouiller sans même s’en rendre compte et qu’ils se réveillent alors pour des lendemains qui déchantent, car il faudra refaire toutes sortes de démarches administratives (si complexes quand on est à la rue) pour récupérer un semblant d’identité.

Ils nous ont aussi raconté les désenchantements quand il leur faut prouver cinquante fois qu’ils sont français, qu’ils ont bien droit à ceci ou à cela, mais que fournir les papiers ad hoc quand on n’a pas toujours de lieu où les stocker, c’est bien compliqué ! Et puis, il y a eu des moments d’émerveillement, des moments de vraie fraternité quand l’un ou l’autre parle du dîner et le décrit comme un temps en famille où l’on se pose. Oui, cela est revenu souvent dans les échanges, ce besoin d’être au calme, d’être écouté, entendu, reconnu.

Comme ce jour, où l’un d’entre eux a partagé dans un silence quasi religieux quelques bribes de son enfance et que tous se sont tus, admiratifs d’en connaître un peu plus sur l’un des leurs, tellement abîmé qu’on aurait pu oublier un instant qu’il a eu une enfance comme tout le monde.

… et Noël

Récemment, il y a eu aussi le réveillon de Noël 2011 sur les péniches du Secours Catholique à Paris et un bon moment au Trocadéro. Mais également quelques soirées plus difficiles, où l’un ou l’autre des participants est arrivé trop alcoolisé pour se maîtriser, et où des tensions ont nui au bon déroulement de la soirée.

Il y a eu une super équipe de bénévoles avec des dons et des compétences très variés, équipe qui n’a jamais fait défaut, et cela participe de la réussite du projet. Une équipe où chacun vient avec ce qu’il sait faire et avec un grand respect pour les personnes qui sont accueillies. Une équipe fraternelle avec qui nous nous sommes vite sentis en phase et que nous voulons remercier très chaleureusement.

Il y a eu beaucoup de joie quand on voit l’un des participants qui s’exprime de plus en plus facilement, qui prend sa place dans les préparatifs, qui se propose pour telle ou telle tâche, qui progressivement, arrive sans avoir eu besoin de consommer d’alcool, car il sait qu’il va être accueilli comme il est et qu’il n’a pas besoin de prendre des « forces » avant de venir participer.

Et puis, il y a le moment du départ où chacun sait qu’après ce havre de paix il faut retourner à la rue, dans les couloirs de l’hôpital, dans le dernier train pour y tourner jusqu’à la réouverture de l’accueil de jour le lendemain matin.

Nathalie et Jean-Yves, bénévoles

Imprimer cette page