Délégationdu Val-d’Oise

Regard sur les « Maréchaux »

Accueil de jour de Pontoise

Quel est le sens d’une présence bénévole aux Maréchaux ?

La question vient vite : comment ne pas être troublé par la relative impuissance de la structure face aux situations inextricables dont certains accueillis sont prisonniers ?

[…]

À bien y regarder en face, se sentir impuissant, cela révèle un désir de puissance, c’est-à-dire les projets que l’on fait inconsciemment [pour] les accueillis. Nous désirons d’une certaine manière qu’ils s’en sortent, mais qu’est-ce que s’en sortir ? Avoir un boulot ou un toit ? Qui peut prétendre savoir ce qui est bon pour eux ? Par ailleurs, on [comprend] vite que le manque d’activité, difficile à accepter au début, est pourtant celui que subissent au quotidien les accueillis !

Comment alors consentir à cette impuissance et à cette inactivité ?

Serait-ce une occasion à saisir pour aller à la rencontre les uns des autres ? Il est très heureux que les Maréchaux soient un lieu où les accueillis ne sont pas uniquement des "cas" sociaux à traiter efficacement. Être libre de cette recherche d’efficacité ouvre à la rencontre gratuite. Comme il y a souvent plus de bénévoles que de tâches à accomplir cela laisse du temps pour aller s’asseoir à table avec les accueillis ou les bénévoles, faire connaissance. Nos vies sont différentes, nos repères nos histoires, nos problèmes […] n’ont pas forcément grand-chose à voir. Mais en acceptant ces différences, sans les juger, il est possible de "faire un bout de chemin ensemble". Sur ce chemin, on s’apprivoise […].

[…] Dans ces rencontres, il y a un côté inconfortable : pour demeurer disponible, je me tiens sur un fil fragile, entre la tentation de culpabiliser (parce que je dors au chaud, dans un intérieur douillet pendant que certains souffrent du froid) et celle de me blinder (pour ne pas me laisser toucher par cette réalité douloureuse). De même, face aux blessures de l’histoire de chacun, face à la souffrance vécue, face aux violences que cette souffrance engendre, je suis amené à reconnaître par eux, avec eux, la vraie fragilité de ma propre condition d’homme. […] Oserais-je nommer "bienheureuse fragilité" cette expérience qui me découvre à moi-même et me met d’une certaine manière en communion avec la fragilité des accueillis ?

[…]

Je pense que cet essentiel – la finalité – ne se situe pas dans ce que les Maréchaux apportent, mais dans ce qui y est transformé. Le formuler ainsi ne dévalorise pas ce qui est apporté aux accueillis, la réponse à leurs besoins réels (se doucher, faire une lessive, manger) […]. Mais l’essentiel demeure ce qui est transformé dans cette rencontre entre le monde de la rue et l’"autre-monde". En vivant ensemble dans nos relations, chacun peut être reconnu pour ce qu’il est, au-delà de son statut de bénévole ou de son statut d’accueilli. En relation à l’autre, souvent très différent, chacun se découvre dans cette différence même : en accueillant nos différences alors révélées, nous découvrons davantage qui nous sommes.

[…]

Alors, si effectivement ce lieu permet, pour ceux qui s’engagent dans des relations, de se laisser transformer mutuellement, il est possible de parler d’une "sainte réciprocité".

Le chemin de l’accueilli semble ainsi être conditionné par le consentement du bénévole à cheminer lui aussi, consentement qui lui fera recevoir au-delà du plaisir d’être utile. Au-delà, c’est-à-dire bien plus profondément, quitte à se sentir déstabilisé, fragilisé, mais à en être transformé, en accueillant […], la joie partagée d’être en relation.

[…]

Et c’est bien dans cette expérience résolument humaine que nous pouvons lire l’action discrète mais féconde d’un Dieu qui vient au cœur de notre faiblesse (nos fragilités reconnues et donc offertes) nous visiter et nous transformer, qui vient y naître comme dans une crèche.

Les fruits recueillis, la joie et la fécondité, ont alors valeur de Parole : "Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur !". »

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